Si nous avions su, c'est vous qui seriez prisonniers.
Un sergent français fait prisonnier à Douaumont

Coup de poker

Où l’on apprend à capturer une position stratégique sans combat.

Vue aérienne du fort de Douaumont avant la bataille. Photo : © Mémorial de Verdun Illustration Artips

Prendre Douaumont ! Voilà l’un des premiers objectifs allemands à Verdun. Depuis le déclenchement du Trommelfeuer, quatre jours plus tôt, la stratégie est simple : l’artillerie pilonne les défenses françaises, puis les unités terrestres passent à l’action. Mais ce 25 février, quand les soldats allemands arrivent devant le fort, la situation est plus compliquée…

Avec la précision des canons de l’époque, l’artillerie allemande arrose d’obus le fort de Douaumont, mais aussi ses propres soldats ! Hélas, les artilleurs ne reçoivent pas les messages qui demandent un cessez-le-feu. Malgré le danger, les Allemands tentent leur chance en se lançant à l’assaut du fort car, hormis une tourelle qui tire parfois, celui-ci semble inoccupé…

Et en effet, les fossés sont vides. Aucun tir… personne ne les attend ! La suite, c’est le lieutenant allemand von Brandis qui la raconte. Sur le qui-vive avec 18 camarades, il entend des voix françaises. "Vous êtes prisonniers, venez ici !" crient les Allemands, au bluff. "Si vous n'êtes pas en haut dans trois minutes, on vous jettera des grenades dans le museau".

Un canonnier demande comment ils seront traités s’ils se rendent. Rassuré par la réponse, il se constitue prisonnier avec les 30 à 60 Français qui l’accompagnent. Une centaine de soldats allemands ont pris Douaumont occupé seulement par une soixantaine de Français ! Un seul danger a été encouru par les assaillants : celui de recevoir l’un de leurs obus !

Vue aérienne du fort de Douaumont. A l’arrière-plan, on distingue l’Ossuaire.
Photo : J.-L. Kaluzko